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Un homme d’État lorrain : Jules Méline (1838-1925)

Un homme d’État lorrain : Jules Méline (1838-1925)
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Informations générales :

29 Août. 2025

Afin de faire davantage connaitre la vie et l’œuvre de Jules Méline, célèbre homme d’État vosgien, le Centre de Recherche Universitaire Lorrain d’Histoire (CRULH) propose de célébrer le centenaire de sa mort en 2025, en organisant un colloque dont le pilotage scientifique est assuré par Eric Anceau, professeur d’histoire contemporaine et Pierre Manenti, historien du gaullisme.

Le colloque s’organisera en trois étapes à l’automne 2025 : une conférence inaugurale à Remiremont et la réinstallation de la statue de Jules Méline, dans sa ville natale, le 21 novembre, puis la journée du 28 novembre est prévue au Conseil départemental des Vosges afin d’évoquer les actions de Jules Méline : « Vosgien, ses débuts en politique et ses réseaux ». Suivra une journée au ministère de l’Agriculture le 18 décembre consacrée à « L’homme d’État, son action nationale et sa mémoire ».

Qui était Jules Méline ?

Jules Méline est né à Remiremont en 1838 ; avocat de formation, il entre en politique dès le lendemain de la chute du Second Empire (le 4 septembre 1870), puis il est élu membre de la Commune le 26 mars 1871. Aux élections législatives de février 1871, Méline est inscrit sur la liste républicaine des Vosges, mais il échoue ; il est cependant élu conseiller général du canton de Corcieux (arrondissement de Saint-Dié), en octobre 1871. Un an plus tard (octobre 1872), il est élu à l’Assemblée nationale en qualité de député des Vosges ; il sera réélu en février 1876 et il conservera son mandat jusqu’à son élection de sénateur des Vosges, le 5 juillet 1903. Membre du Sénat jusqu’à sa mort en 1925, comme représentant de la Gauche démocratique, il fut également élu vice-président du Conseil général des Vosges en 1883, avec Jules Ferry à la présidence ; il lui succède à la tête de l’institution en 1893 et sera réélu chaque année jusqu’en 1906 ; en août 1907 Lederlin lui succède. Il a joué un rôle important pour la protection des Vosges comme territoire frontalier et stratégique après la guerre de 1870. Il encourage la construction et la modernisation des routes, chemins vicinaux et voies ferrées. Il soutient l’arrivée de l’électricité dans les communes rurales.

Député républicain modéré, il devient rapidement une figure centrale de la Troisième République. Il obtient de Jules Ferry, président du Conseil, le portefeuille de l’Agriculture en février 1883, fonction qu’il exerça pendant près de deux ans. Il fut ensuite président du Conseil d’avril 1896 à juin 1898. Le gouvernement de Jules Méline fut marqué par plusieurs mesures importantes, reflétant une politique républicaine modérée, conservatrice et tournée vers la défense des intérêts agricoles et industriels : également ministre de l’Agriculture, il a renforcé le système protectionniste qu’il avait déjà initié en 1892 avec le tarif Méline ; il a défendu les intérêts agricoles et industriels français contre la concurrence étrangère, ce qui lui a valu le soutien des entrepreneurs et agriculteurs ; il a maintenu l’équilibre budgétaire sans instaurer d’impôt sur le revenu. Malgré son orientation conservatrice, son gouvernement a introduit la première législation sur les accidents du travail, des mesures sur l’hygiène et la sécurité des travailleurs, un cadre pour les sociétés de secours mutuel. Le gouvernement Méline a favorisé un rapprochement entre républicains modérés et catholiques, dans une logique d’apaisement après les tensions anticléricales des décennies précédentes. En 1897, une crise judiciaire a conduit à la démission du ministre de la Justice. L’année suivante, Méline a été abandonné par une partie de sa majorité, notamment à cause de son alliance avec la droite, ce qui a conduit à sa démission (juin 1898). Il a été candidat à l’élection présidentielle en 1899.

Il exprima ses idées républicaines conservatrices et son soutien au monde agricole dans ses écrits : auteur du Retour à la terre (1905) et du Salut par la terre (1919), Méline fut encore rappelé comme ministre de l’Agriculture pendant quelques mois (de fin octobre 1915 à mi-décembre 1916), dans le gouvernement d’Aristide Briand.

En raison de son environnement familial, Jules Méline s’intéressa de bonne heure aux problèmes de l’industrie et de l’agriculture, attentif aux difficultés entravant leur développement dans son département natal à partir des années 1860. Pour lui, l’économie française peut être assimilée à un arbre dans lequel l’industrie représente les arbres et les feuilles, et l’agriculture, le tronc et les racines. Le « mélinisme » met pleinement en valeur l’agriculture et s’oppose en ce sens au saint-simonisme, qui prône le développement de la France au premier chef par l’industrie.

Il défend l’idée d’une France agricole forte : « La France ne doit pas abandonner ses campagnes à la misère. » Il soutient les petites exploitations, la modernisation de l’élevage, et la création de coopératives.

A l’Assemblée nationale, Méline retrouva Nicolas Claude, manufacturier à Saulxures-sur-Moselotte, qui devint son ami. En 1879, Méline défendit avec vigueur le rapport concernant la protection de l’industrie textile. Il permit que les droits d’entrée en France de nombreuses marchandises soient relevés en mai 1881, mais ne put empêcher le renouvellement du traité de libre-échange avec l’Angleterre en 1882. La renommée de Jules Méline est attachée aux tarifs Méline de 1892, nouvelle loi de douane protectionniste visant à protéger l’agriculture française de la concurrence internationale et marquant la fin de la politique de libre-échange entamée sous le Second Empire.
Créateur du Mérite agricole, Jules Méline fut à l’origine de la loi de 1894 créant les sociétés locales de crédit agricole, qui autorisa la constitution, entre les membres des syndicats agricoles, de caisses locales ayant pour objet de faciliter l’octroi de crédits nécessaires au financement de la production agricole.

Méline partagea toute son existence entre Paris et sa ville natale ; il meurt le 21 décembre 1925 et fut inhumé à Remiremont, en présence d’une foule considérable.

Jules Méline fut donc bien plus qu’un homme d’État national ! Il fut aussi un acteur décisif du développement des Vosges, un républicain enraciné et un passeur entre le monde rural et la modernité républicaine. Sa présidence du Conseil général des Vosges incarna une époque où les élus alliaient proximité et vision d’avenir. Il a su conjuguer ses responsabilités nationales (ministre de l’Agriculture, président du Conseil) avec un engagement fort dans son département et utiliser ses mandats locaux pour tester des politiques qu’il a ensuite promues à l’échelle nationale.

Un vosgien qui gagne à être connu.

Programme du colloque à télécharger

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